LARTISTE

Je connaissais de lui son tube, « Chocolat », comme tout le monde. Et aussi « Mafiosa ». Voilà. Ni plus ni moins. Lartiste. Un nom qui semble mêler inconscience, arrogance et vanité. Un blaze qui ressemble à l’ego-trip le plus narcissique et naïf de l’histoire de l’art. Lartiste! Carrément! Une sorte de baroud d’honneur. Je m’appelle Lartiste et je vous emmerde. Dans le rap principalement, ils ne sont pas nombreux ceux qui assument cette identité d’artiste. Complexe du mauvais élève, de celui qui pense ne pas y avoir droit, qui préfère regarder ses pompes qu’enlacer le beau et le sublime… On a déjà là, avec ce nom, une piste sur la personnalité de Youssef (c’est son prénom dans le civil). Lartiste. Take it or leave it. Mi blague mi drapeau. Malin. “Ce nom, c’est une proposition choquante, ça pose une question. Ça lance une discussion. Et pour moi, l’oeuvre d’art, elle commence là” dit-il en guise de préambule.

Marocain, créateur, érudit, croyant, entrepreneur, père trentenaire et premier utilisateur de l’auto-tune en France selon Wikipedia (l’intéressé, quand on lui demande, ne nie pas, bien au contraire !), Lartiste pourrait quand même n’être que cet énième rappeur/chanteur urbain francophone un brin provocateur, simplement attiré par ce qui brille et ce qui flirte avec le vice du bitume (le fameux triptyque cliché hip hop: drogues, gros flingues et nichons du même calibre). Un énième témoin assisté, empilant les punchlines sur ses faits d’armes, sa virilité et son existence qui prend régulièrement des libertés avec la vérité.

Le rap, disons les musiques urbaines pour contenter les sociologues du vide et viser plus large, est une musique formidable. La variété du nouveau millénaire. Terminés les excuses de MJC, le discours sociétal pauvre et binaire, le ghetto cocon, la victimisation gimmick, la parodie américaine paresseuse. Le rap est désormais un homme. Il ne peut fuir ni ses droits, ni ses devoirs. S’il tapine simplement pour l’oseille et la gloire, il est alors décomplexé, libéral, efficace. Il a tendance à enregistrer mille fois le même morceau ces derniers temps mais peu importe. Il y a un public, une économie. C’est indiscutable. C’est ainsi. Mais c’est quand il accepte de puiser dans ses entrailles, de regarder le vertige bien droit dans les yeux, de dépasser la facilité, l’orgueil et la peur de se rater, de (tout) perdre, de transformer un égoïsme viscéral en passion non négociable, que le rap peut devenir quelque chose de moins prévisible, de moins terre à terre. De plus excitant et sensible. À une époque, parler de sensibilité dans le rap revenait presque à faire son coming-out. Rires. Le rap était ce garçon bourré de testostérone et de frustration qui voulait tout niquer et trouver des coupables. Le rap est un homme, oui. Il peut se permettre désormais de n’être que lui même et de ne plus se (nous) mentir. Lartiste ne dit pas autre chose dans ses chansons. Tiens, chanson. Là aussi, il aura fallu attendre une éternité avant que les rappeurs n’osent l’utiliser, ce mot. Chanson! Les chansons de Lartiste donc, ne doivent rien à personne. Enfin, pour être plus précis, elles ne se prosternent devant aucun Veau d’or et c’est rafraîchissant! Moins leader qu’outsider, il ne veut pas être une idole et s’interdit tout misérabilisme. Lartiste, qu’il appelle aux rapprochements des corps, aux sueurs partagées, grâce à une mélodie capable de noircir les pistes des clubs (et son nouvel album n’en manque pas, de mélodies imparables…) ou qu’il ravive le passé avec une lucidité, totale, qui, à aucun moment, n’altère pourtant sa poésie viscérale et aux couleurs mouvantes, n’est que lui même. Ni singe savant, ni groupie, ni clone, ni Tiktok. Il fait exactement ce qu’il veut et ça s’entend. Vous pourrez ne pas aimer son disque, -il est le premier à accepter toutes les critiques, il me le dit et je le crois-, mais sa liberté, elle, est bien là, sur chaque piste. C’est palpable. “J’accepte tous les avis, j’accepte le succès comme le creux de la vague. De toute façon, pour moi, le négatif doit rester derrière. Les cicatrices sont faites pour se refermer…” précise-t-il. Pas sûr que la comparaison lui plaise plus que ça mais il aurait tort de ne pas y voir un compliment. Lartiste a également cette approche qu’avaient les punks au début. Ce côté Do It Yourself, j’apprends loin de l’école, je me débrouille, je creuse ma curiosité sans attendre une aide extérieure. L’auto-tune est un indice. Faire d’abord, vite, tout de suite, parce qu’on ne veut rien faire d’autre puis apprendre, grandir, pour mieux incarner les choses. Créer.

On le retrouve en sous-sol pas loin de République. La porte est blindée, l’escalier est plutôt raide et la déco irréprochable. Affiches détournées de Retour vers le Futur, E.T., Jaws, une télévision géante, des gens qui disent bonjour, un accueil chaleureux, qui ne trompe pas. Quand on pense à toutes ces boîtes de production parisiennes où la politesse est une option, voire une perte de temps…C’est là, sous terre, que Lartiste et son équipe ont rendu tangible NuDeal (clin d’oeil à la politique menée par Roosevelt au coeur de la Grande Dépression), société leur permettant de mêler label musical et production vidéo. Voir plus si affinités. Enfilade de pièces consacrées à la création hybride. Là, une console, des instruments. Ici, du matériel de tournage. Plusieurs personnes se croisent, vaquent à leurs occupations avec visiblement une bonhomie non feinte. NuDeal, c’est la volonté non pas d’éliminer les intermédiaires mais de pouvoir les choisir. Pour ne faire que ce que l’on a envie de faire. Enregistrer un disque, c’est évidemment un business. Et qui peut rapporter gros. Mais si, en plus, ça peut aussi ressembler parfois à une aventure, à un partage, à une fierté, à un kif, c’est quand même pas mal, non? C’est l’atmosphère qui semble régner chez NuDeal. Un collectif complice et pas mécontent d’en être. Je suis là pour écouter le nouvel album de Lartiste. « Comme Avant », réveil des fondamentaux en quelque sorte: Vivre simplement, le retour à la nature, une envie d’humilité. Cet album vient de là. Pour le concevoir, il s’est retranché six mois au Maroc, vivant de chasse et de pêche. À l’ancienne. Comme avant. 18 titres. Il y a du banger, du Brésil, de la rage et du recul, des larmes et des rires, des enfants et des nuits, du beat fédérateur et Edith Piaf, du passé réactivé et une mélancolie de combat. Par instants, Lartiste évoque des Anciens. Par sa prose et sa voix, à la fois amusée et sombre, rauque et noctambule. On peut penser à Brel ou Renaud. Le vrai Renaud, celui qui pouvait fendre, il y a longtemps, un cœur en un seul couplet. Il y a cette chanson, « Colorier » et ce vinyle qui craque. En deux phrases, Lartiste a déjà gagné la guerre: On le suit sans même s’en rendre compte. On les voit, ces gamines innocentes qui marchent vers un sale destin. C’est saisissant. De l’autre côté du spectre musical, il y a encore la chanson « Comme Avant », avec Caroliina, et ses rythmes sud-américains et son introduction Piaf et son envie furieuse de vivre. Ou « Bolingo », elle aussi adepte des sonorités ensoleillées, romance de plume. Et « Protège Moi » et sa guitare et ses mains qui claquent, où Lartiste chante sans regret la vie et la mort. En entretien, Il parle de Mouloudji, de Nirvana, du “That’s My People” de NTM, d’Aznavour, des ombres et des lumières chez Caravage, de Madonna, d’Aimé Césaire, de Pascal, de Montaigne, du peuple Berbère, de l’Islam, de la terre, celle que l’on quitte, celle que l’on trouve et celle encore que l’on s’imagine, des valeurs que doit inlassablement pourchasser tout Homme qui refuse d’abdiquer. Pour synthétiser son enfance, il cite Le Prince de Bel Air. Il est, un jour, arrivé quelque part. À Sevran plus précisément. Il avait sept ans. Il y apprend la différence, l’altérité. La France et le monde. La pochette de son album, c’est une vieille photo de lui, gamin, avant le bitume, quand ses pieds nus foulaient encore la terre de ses ancêtres. « Comme Avant ». Lartiste a compris une chose primordiale: L’amour est une lutte héroïque. La haine une colère à la portée de tous. C’est un Homme qui ne veut pas se contenter de l’autoroute. Il préfère les petits chemins, ceux qui nous révèlent à nous-mêmes. C’est tangible quand on échange avec lui. Il semble avoir compris un truc. Il est moins miroir que fenêtre. On lui demande pourquoi il n’a pas encore cédé à l’appel de la littérature. Il pourrait écrire de jolies histoires. Il ne veut pas. Je pense qu’il le fera un jour. Je pense même qu’il a déjà essayé. Il lui faudra alors souffrir, seul, à sa table de travail. Il a ce qu’il faut et il le sait. Sur son disque, il y a des feats: Caroliina, Bamby, Busy Signal, Sofia Mestari, aussi des artistes maison, signés par NuDeal, comme Sheyrine, Bramo L Epicier, Mizi. Les rappeurs ont toujours été des solitaires bien entourés. Sur son disque, il y a surtout des chansons qui jouent avec les styles et les émotions. Rap, pop, club, balade ou transe. Street et âme. Anecdotique et mystique. Légèretés et profondeurs. Le coeur et le corps. C’est un disque où les paradoxes de l’existence valsent ensemble. Parce qu’il ne peut en être autrement. Son manager parle aussi d’oxymore au moment de décrire la musique de Lartiste et il a raison. À une époque où l’esprit de division semble gagner du terrain et que le manichéisme se fait des couilles en or, Lartiste a lui opté pour la soustraction. Il se délaisse. Il abandonne sur la route ses fardeaux. L’un après l’autre. Il avance et son sourire doit moins à l’ironie qu’à une forme de conviction de plus en plus profonde. « Comme Avant », c’est un Homme qui tend la main à celui qu’il était enfant. Se faisant, c’est bien sûr à tous les Hommes qu’il la tend, cette main. Le passé et le présent alignés. Lartiste ne confond jamais nostalgie et racines. Rétroviseur et ADN. Fausse modestie et foi. Il n’est ni aigri ni culpabilisé. Il sait l’importance de la cohérence et connait la différence entre violence et brutalité. Le cynisme peut aller hurler sa rengaine atroce ailleurs. Il sait qu’il faut chercher le père. Il sait que le symbole n’est pas anodin et que le pardon est la quête ultime. Il sait qu’il ne sait rien. Comme Socrate. “Je te souhaite d’être libre comme moi, je te souhaite d’être libre comme l’air, d’aller en haut de la montagne, et de leur dire de niquer leurs mères » chante-t-il dans l’émouvant et éclairé « La chanson ». Il n’a rien à craindre. Il peut regarder l’horizon la tête haute. Loin du désordre et des bassesses de ce monde.

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